Le taux du Livret A passera-t-il à 4,50% au 1er août 2023 ? Mathématiquement, si la formule de calcul est respectée, la rémunération devrait grimper une nouvelle fois cet été, à 4% ou au-delà. Mais les banques ne l’entendent pas de cette oreille…
Il aurait pu… mais le taux du Livret A ne bougera par au 1er mai : la Banque de France n’a pas saisi cette fenêtre intermédiaire, qui permet de faire évoluer la rémunération avant la plus classique échéance semestrielle. Prochaine échéance : le 1er août 2023. Et c’est mi-juillet, sur la base des chiffres de l’inflation de juin, que la Banque de France doit communiquer sa recommantation à Bercy. Selon les calculs effectués début avril par MoneyVox sur la base des estimations d’inflation de l’Insee, le taux « technique » du Livret A, soit celui issu de l’application stricte de sa formule de calcul, devrait, lui, approcher des 4,50% le 1er août prochain. Soit 1,5 point de mieux que les 3% servis actuellement.
Mi-juillet… Un horizon lointain. Sauf qu’en coulisses, cette échéance semble déjà faire frémir les hautes sphères du milieu bancaire à en croire les informations des Echos.
« Tout le monde a intérêt à maintenir un taux à 3% »
« Tout le monde a intérêt à maintenir un taux à 3% », déclare sous couvert d’anonymat un « grand banquier » aux Echos : « Les banques bien sûr, mais aussi la Caisse des Dépôts, qui finance le logement social, et tout l’écosystème économique français en réalité. » Où est le problème, pour les banques ? Tout d’abord, cette rémunération nette de toute fiscalité, actuellement de 3%, attire l’épargne des Français en masse. Car peu de placements peuvent rivaliser, surtout en sachant que le Livret A garantit le capital.
Collecte Livret A et LDD (en milliards d’euros)

3%, une rémunération coûteuse pour les banques
Les banques y « perdent » via un manque à gagner sur les autres familles de placement. Mais le succès du Livret A leur coûte aussi sur l’utilisation des fonds. Si 60% environ de cette épargne va à la Caisse des dépôts, le reste est (en simplifiant) prêté par les banques aux PME… or les taux d’intérêt sont à taux fixe et les anciens prêts ne rapportent pas autant aux banques. Bref, un souci comptable et financier.
« Chez BPCE [dont Caisse d’Epargne, distributeur historique du Livret A, NDLR], les hausses successives de taux ont déjà coûté 700 millions d’euros en 2022, souligne le quotidien économique. Et la facture pourrait passer à 1,3 milliard cette année, selon les calculs du groupe, en restant sur une base de 3%. »
Le lobbying des banques, pour tenter d’éviter une nouvelle hausse estivale du taux du Livret A, a-t-il des chances d’être couronné de succès ? « Toute spéculation sur une quelconque future décision de la Banque de France est aujourd’hui infondée », coupe sans ambiguïté la Banque de France, en réponse aux Echos. Pour mémoire, au 1er février, la formule de calcul conduisait à une hausse du taux jusqu’à 3,3%. Mais l’institution monétaire (et Bercy, qui tranche à ce sujet) avait décidé de se limiter à une augmentation de 2% à 3%.
